La dernière exécution à la guillotine
Le 10 septembre 1977, la France procéda à la dernière exécution capitale de l’histoire au moyen de la guillotine.
C’est ainsi que fut décapité le meurtrier d’une jeune femme, originaire de Tunisie.
Bien que la guillotine paraisse un instrument d’un autre âge, elle fut encore utilisée en France au XXe siècle. On la relie souvent à la Seconde Guerre mondiale. La guillotine (du français guillotine) est une machine d’exécution employée surtout à l’époque de la Révolution française. Une lame de fer à tranchant oblique tranche la tête du condamné. Le poids de la lame, lestée d’environ 70 kilogrammes, assurait un coup puissant. Par sa rapidité et sa fiabilité, elle passait pour bien plus humaine que l’exécution à l’épée. Elle doit son nom à son propagandiste, le médecin français Joseph-Ignace Guillotin (1738-1814).
Il n’en était pourtant pas l’inventeur direct : des machines fondées sur un principe analogue existaient déjà en Allemagne, en Grande-Bretagne et en Italie avant 1300.
Le 10 septembre 1977, dans la cour de la prison des Baumettes à Marseille, à 4 h 40 du matin, Hamida Djandoubi fut guillotiné. Ce fut la dernière exécution à la guillotine en France, en Europe de l’Ouest et, de manière générale, la dernière exécution officielle par ce moyen dans le monde.
Hamida Djandoubi naquit le 22 septembre 1949 à Tunis. En 1968, il vint en France, vécut à Marseille et travailla comme manœuvre. Après un accident du travail (il perdit une jambe), il marchait avec une prothèse. Il se livrait au proxénétisme. En 1973, il força à la prostitution son amie d’alors, Élisabeth Bousquet, âgée de 21 ans. Elle porta plainte. Par vengeance, en juillet 1974, Djandoubi l’enleva, la séquestra, la tortura et la viola sous les yeux d’autres jeunes femmes qu’il « dirigeait », puis l’emmena hors de la ville, à Lançon-de-Provence, et l’étrangla.
Il fut arrêté le 11 août 1974.
Le 25 février 1977, la cour d’assises le condamna à mort pour assassinat avec circonstances aggravantes, tortures, actes de barbarie et viols. Le pourvoi en cassation fut rejeté le 9 juin. Le président Valéry Giscard d’Estaing refusa la grâce (comme auparavant dans les affaires de Christian Ranucci et de Jérôme Carrein).
L’exécuteur était Marcel Chevalier.
Djandoubi fut réveillé vers 4 heures. Il chaussa sa prothèse, but du rhum, fuma deux cigarettes ; la troisième lui fut refusée par le bourreau. On lui coupa le col et les épaules de la chemise, on lui lia les mains, on retira la prothèse. La guillotine avait été dressée dans la cour intérieure de la prison.
Environ quarante minutes s’écoulèrent entre la sortie de la cellule et l’exécution.
La juge Monique Mabelly en fut témoin. Elle décrivit la scène : un bruit sourd, beaucoup de sang d’un rouge vif, le corps basculé dans le panier. « En une seconde, une vie a été tranchée. »
Après Djandoubi, des condamnations à mort furent encore prononcées (une quinzaine à une vingtaine de personnes), mais plus personne ne fut exécuté.
Le 9 octobre 1981, sous François Mitterrand et le garde des Sceaux Robert Badinter, la peine de mort fut abolie en France. La guillotine cessa d’être employée comme instrument officiel d’exécution partout dans le monde.
Cet événement eut lieu près de 185 ans après la première exécution à la guillotine en France (1792).
Le rôle du ministre de la Justice Robert Badinter
Robert Badinter (1928-2024) n’a pas défendu Hamida Djandoubi et n’eut aucun lien direct avec son affaire de 1977. L’avocat de Djandoubi était Émile Pollak. C’est pourtant Badinter qui devint, quatre ans plus tard, le principal artisan de l’abolition de la peine de mort en France et le symbole de tout le combat contre la guillotine.
Le tournant fut l’exécution de son client Roger Bontems, en 1972. Bontems était complice d’un double meurtre à la prison de Clairvaux, mais n’avait lui-même tué personne. Badinter assista à la décapitation et passa alors d’une opposition intellectuelle à un engagement militant. Il disait : « Exécuter, c’est couper un homme vivant en deux. »
En 1977 (l’année même de l’exécution de Djandoubi), Badinter défendit Patrick Henry, auteur de l’enlèvement et du meurtre d’un enfant de sept ans. Il transforma le procès en procès de la peine de mort elle-même et convainquit le jury de ne pas prononcer la mort. Il sauva ensuite plusieurs autres condamnés. Au total, comme avocat, il aida six hommes à échapper à la guillotine.
Dans son discours historique de 1981, Badinter cita Djandoubi en exemple : un unijambiste présentant des signes de déséquilibre, « emporté sur l’échafaud après qu’on lui eut retiré sa prothèse ». Il transmit plus tard au Monde le témoignage de la juge Monique Mabelly sur les dernières minutes de Djandoubi.
Après la victoire de François Mitterrand en 1981, Badinter fut nommé garde des Sceaux. L’une des premières mesures du nouveau gouvernement fut l’abolition de la peine de mort — contre l’opinion publique (environ 63 % des Français y étaient alors favorables).
Le 17 septembre 1981, Badinter prononça devant l’Assemblée nationale un discours resté célèbre :
« Demain, grâce à vous, la justice française ne sera plus une justice qui tue. Demain, grâce à vous, il n’y aura plus, à notre honte commune, d’exécutions furtives à l’aube, sous le dais noir, dans les prisons de France. »
La loi fut adoptée le 18 septembre à l’Assemblée nationale (363 voix contre 117) et le 30 septembre au Sénat. Elle fut promulguée le 9 octobre 1981. La France devint le dernier pays d’Europe occidentale à abolir la peine capitale.
Par la suite, une quinzaine de condamnés à mort déjà jugés échappèrent à l’exécution : leurs peines furent commuées en réclusion à perpétuité.
Badinter demeura ministre jusqu’en 1986, puis présida le Conseil constitutionnel. En 2007, l’interdiction de la peine de mort fut inscrite dans la Constitution. Il mourut le 9 février 2024, à l’âge de 95 ans ; en octobre 2025, il fut honoré au Panthéon, à l’anniversaire de la loi.
Son rôle ne fut pas de sauver Djandoubi en particulier, mais, après la dernière exécution de 1977, de mener le combat politique et juridique jusqu’à l’interdiction totale. La guillotine ne servit plus jamais.
Le dernier bourreau de France : Marcel Chevalier
Marcel Charles Chevalier (28 février 1921 – 8 octobre 2008) fut le dernier exécuteur en chef des arrêts criminels de France, officiellement exécuteur en chef des arrêts criminels, officieusement « Monsieur de Paris ». C’est lui qui actionna la lame sur Hamida Djandoubi, le 10 septembre 1977, à la prison des Baumettes, à Marseille.
De métier, Chevalier était typographe à Montrouge, en banlieue parisienne, et même Meilleur ouvrier de France dans cette spécialité. Il exerçait la fonction de bourreau à titre accessoire.
En 1948, il épousa Marcelle Obrecht, nièce du précédent exécuteur en chef, André Obrecht. En France, la charge se transmettait traditionnellement dans les familles.
En 1958, l’oncle de sa femme le prit comme aide. Jusqu’en 1976, Chevalier assista à une quarantaine d’exécutions : il préparait le condamné, le liait, le plaçait sous la guillotine.
Le 1er octobre 1976, après le départ d’Obrecht, atteint de la maladie de Parkinson, il devint lui-même exécuteur en chef.
À ce poste, il n’accomplit que deux exécutions — toutes deux en 1977, les dernières de France :
- le 23 juin 1977, Jérôme Carrein, à la prison de Douai (viol et meurtre d’une fillette de huit ans) ;
- le 10 septembre 1977, Hamida Djandoubi, à Marseille.
Il emmena son fils Éric aux deux exécutions, afin de le préparer à une éventuelle succession. Après l’abolition de 1981, la dynastie s’interrompit.
La loi d’abolition le mit à la retraite anticipée (avis envoyé par lettre, ce qu’il n’apprécia pas). Il reçut une indemnité de 30 000 francs. Il reprit son métier de typographe, vécut discrètement à Charray (Eure-et-Loir) et mourut en 2008 à Vendôme, à 87 ans. Il est inhumé auprès de sa femme et de son fils.
Chevalier fut le dernier homme en France légalement habilité à actionner la guillotine. Après lui, la fonction cessa d’exister.
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Carte
Personnes
| Nom | ||
|---|---|---|
| 1 | ![]() | Valéry Giscard d’Éstaing |
| 2 | ![]() | François Mitterrand |
| 3 | ![]() | Joseph Ignace Guillotin |




